👤 Interview 10/11/2025 - 14:53 👁️ 995 vues

QUELLE PLACE DETIENT L'ÉGLISE DANS LA SPHÈRE POLITIQUE AU CAMEROUN ?

Jean-Paul NDONGO

QUELLE PLACE DETIENT L'ÉGLISE DANS LA SPHÈRE POLITIQUE AU CAMEROUN ?

Dans un contexte marqué par des mutations politiques, sociales et culturelles profondes, la question de la place de l'Église dans la vie publique camerounaise demeure au cœur des débats. Entre mission spirituelle, engagement citoyen et responsabilité morale, l’Église apparaît comme un acteur dont l’influence dépasse largement le cadre strictement religieux. Pour éclairer cette thématique et analyser le rôle actuel et futur de l’Église dans la sphère politique nationale, nous recevons aujourd’hui Jean-Paul Ndongo, Évangélise, enseignant, observateur des dynamiques religieuses et politiques, engagé dans la réflexion sur les enjeux de gouvernance et de transformation sociale. Avec lui, nous tenterons de comprendre les fondements, les modalités et les perspectives de l’action ecclésiale au Cameroun.

 

Journaliste Leonard A. : Comment percevez-vous la légitimité de l'Église à intervenir dans les questions politiques au Cameroun ? Sur quels fondements (théologiques, moraux, historiques) repose cette intervention ?

Jean-paul Ndongo : L’Église possède une légitimité incontestable à s’impliquer dans la gouvernance politique, fondée sur trois piliers essentiels : Sur le plan théologique, moral et historique. Théologiquement, Jesus-Christ établit sans équivoque le rôle de l’Église en Matthieu 5:13-14, où ses disciples sont désignés comme le « sel de la terre » et la « lumière du monde ». Ce mandat Divin confère à l’Église la vocation d’éclairer la société, de porter un témoignage moral et d’inspirer les principes justes dans la gestion de la cité.
Moralement, la défense de la justice, de la paix et de la dignité humaine relève pleinement de la mission ecclésiale et sacerdotale de l’Eglise . Historiquement, dans notre pays comme ailleurs, l’Église a toujours été un catalyseur d’émancipation sociale et de stabilité politique. Refuser à l’Église ce rôle serait ignorer son appel Divin à influencer positivement la société au service du bien commun et de la vérité, sans pour autant sombrer dans le sectarisme partisan (prise de position arbitraire pour un programme politique)

 

Journaliste Leonard A. :  Quels sont les moyens concrets par lesquels l'Église devrait-il exercer son influence dans la sphère politique camerounaise ? Pouvez-vous donner des exemples récents d'interventions marquantes ?

Jean-paul Ndongo : L’influence de l’Église se déploie avant tout à travers ses membres, les chrétiens engagés individuellement ou collectivement. Chaque enfant de Dieu est appelé à annoncer le royaume de Dieu et manifester ses valeurs dans la sphère publique, y compris en politique. Cette responsabilité sacrée s’exerce par l’éducation civique, la participation aux débats, la promotion de la justice sociale, ainsi que par la présence directe dans les institutions de l’Etat.
Des exemples concrets illustrent cette dynamique : au Gabon, des pasteurs comme Laurence Ndong ont incarné un leadership politique rigoureux et empreint d’intégrité en tant que ministre. Au Congo, Grâce Kutino porte pour la jeunesse un engagement ministériel exemplaire. Au Cameroun, des personnalités telles que Cabral Libii, député et défenseur de causes sociales, ou Minette Libom Li Likeng, gestionnaire reconnue dans ses fonctions publiques, témoignent que la foi peut être un moteur d’excellence et de réforme.

 

 

Journaliste Leonard A. : Comment qualifiez-vous les relations entre l'Église et le gouvernement camerounais ? Ces relations ont-elles évolué au fil du temps, notamment sous différents régimes ?

 

Jean-paul Ndongo : Les relations Église-État au cameroun sont complexes et ambivalentes. À certains égards, elles peuvent incestueuses, lorsque certaines franges ecclésiales adoptent une posture servile, relayant les discours du pouvoir au détriment de leur indépendance morale. Cette cooptation nuit à la mission prophétique de l’Église.
Cependant, l’Église demeure un vecteur vital de paix sociale , de vivre et de réussir ensemble, capable d’apporter un contrepoids spirituel nécessaire dans une société marquée par les tensions. Paradoxalement, tandis que certains se retirent de l’action politique, distraits par l’idée d’un paradis céleste qui n’attend rien d’eux sur terre , l’Église reste un refuge éthique et un interlocuteur incontournable dans la recherche du bien commun.

 

 

Journaliste Leonard A. : Quelles sont les principales interventions de l'église et aussi les limites ou obstacles à son action dans la politique ?

 

Jean-paul Ndongo : L’Église au cameroun est aujourd’hui fragmentée, sans porte-voix élu capable de représenter la diversité de son clergé et de ses fidèles. Cette absence de leadership unifié fragilise sa capacité à élaborer une stratégie cohérente d’intervention politique. Souvent, les actions sont dispersées, contradictoires, voire nuisibles à cause de prophéties ou discours mal calibrés comme des officiers religieux qui prônent le remplacement d’un homme par le « diable » ou encore annonce des scénarios apocalyptiques qui sont avortés l’échéance arrivée .
Pourtant, les chrétiens engagés dans l’appareil de l’État travaillent à infléchir les politiques de l’intérieur disent-ils, pour le bien commun. La principale limite à ce potentiel réside dans la tentation de la compromission. Refuser tout compromis au cœur de la corruption et des détournements de deniers publics est impératif, car l’Église est appelée à être une instance décisionnelle responsable, incarnant l’Écclesia révélée par Jésus : une communauté qui légifère en adéquation avec les intérêts du Royaume de Dieu.

 

 

Journaliste Leonard A. : Quel rôle devrait jouer l'Église dans l'avenir politique du Cameroun, notamment face aux défis actuels (crise anglophone, transition démocratique, relève générationnelle) ?

 

Jean-paul Ndongo : L’Église doit renouer avec son essence : être le corps actif du Christ dans le monde. Son rôle est d’éduquer les consciences à la responsabilité politique, de porter haut la voix de la justice, de créer des ponts entre les communautés et d’appeler au dialogue national.
Elle doit organiser ses forces vives pour intervenir concrètement dans les zones en crise, proposer des solutions sociales viables, et impulser une éthique de gouvernance. L’Église ne doit pas être neutre, mais préserver malgré tout son impartialité dynamique qui vise à promouvoir le bien commun, en assumant pleinement son rôle prophétique et citoyen.

 

 

En définitive, l’Église demeure un acteur majeur dans la construction du vivre-ensemble et la recherche du bien commun au Cameroun. Si son implication dans la sphère politique doit s’exercer avec discernement, intégrité et sens de la mission, elle ne saurait se limiter au silence ou au retrait. Son rôle est d’éclairer, d’accompagner, de former les consciences et de rappeler constamment les exigences éthiques qui fondent une gouvernance juste. À travers une présence responsable, ouverte au dialogue et fidèle à ses valeurs, l’Église peut contribuer de manière significative aux dynamiques de paix, de justice et de transformation sociale dont le pays a besoin.

Publié par: Leonard Awono

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